Troubles psychologiques liés au conflit afghan : la Défense ne dispose pas de statistiques.

les_blesses_seront_evacues_par_helicoptereL’armée de terre américaine a constaté en 2009 une forte augmentation de suicides expliquée pour partie par les engagements en Irak et en Afghanistan. 900 spécialistes de la santé mentale ont été engagés en réaction à ces chiffres alarmants. Par une question écrite au ministre de la défense, François Cornut-Gentille a souhaité faire le point, pour la France, sur les demandes de soutien psychologique formulées par les personnels du ministère de la défense de retour d’opérations extérieures et sur les moyens médicaux mis en oeuvre pour anticiper et répondre à cette demande.

Selon le Ministère de la défense, « aucune souffrance psychologique majeure n’a été révélée chez les militaires français ayant participé à des OPEX. » Les services des armées affirment qu’«il apparaît particulièrement difficile de disposer de données statistiques fiables en la matière ». Plusieurs causes sont mises en avant :

  • « les demandes de soutien psychologique ne constituent pas toujours d’emblée le motif d’une consultation médicale. Elles s’expriment parfois au fil du dialogue singulier qui s’installe entre le médecin et son patient au cours de la consultation. [cette objection n'interdit pas l'établissement de statistiques par le médecin]

  • les militaires n’évoquent pas toujours spontanément auprès de leur médecin d’unité les troubles psychologiques dont ils peuvent souffrir par crainte que cette évocation puisse remettre en cause leur aptitude opérationnelle. [ce qui pose un véritable problème de fond quant au suivi médical des personnels de la défense et à la confiance portée par les militaires au respect du secret médical]

  • Enfin, dans la mesure où les militaires français ont, comme tous les citoyens, le libre choix de leur médecin traitant, les éventuelles demandes de consultation auprès des praticiens civils pour évoquer une possible souffrance psychologique sont méconnues. »

Cette absence de données statistiques est une véritable faille : pourquoi l’armée américaine peut mettre en place un suivi et l’armée française, non ? Sans faire de la statistique l’alpha et l’oméga de l’action médicale, la méconnaissance en France d’un phénomène considéré comme majeur outre atlantique peut donner lieu à moyen terme à des poursuites judiciaires à l’instar des victimes des essais nucléaires. Il convient ici de rapidement corriger le tir

Toutefois, plusieurs dispositifs d’assistance et de suivi existent : les militaires bénéficient d’un suivi médical tout au long de leur carrière. Il débute par une expertise réalisée lors de la sélection des personnels et se poursuit avec un suivi médical annuel obligatoire, assuré par un médecin du service de santé des armées. Cette surveillance périodique permet de détecter les troubles psychologiques qui auraient échappé au commandement.

Tout départ en mission extérieure est systématiquement précédé d’une visite médicale. Par ailleurs, l’article L. 4123-2 du code de la défense prévoit que les militaires ayant participé à une OPEX peuvent bénéficier, à leur demande et avant le 60e jour suivant leur retour sur leur lieu d’affectation, d’un dépistage médical portant sur les risques sanitaires spécifiques auxquels ils sont susceptibles d’avoir été exposés, ainsi que d’un entretien psychologique.

Un dispositif de formation est également mis en place par le SSA au profit notamment des officiers en charge du soutien moral et psychologique des troupes envoyées sur un théâtre d’opérations.

Les psychiatres militaires des hôpitaux d’instruction des armées font partie du dispositif santé déployé en OPEX. Le SSA est doté d’un dispositif d’alerte de médecins psychiatres projetables dans les plus brefs délais sur un théâtre d’opérations lors d’événements particuliers, comme pour le bombardement de Bouaké (Côte d’Ivoire) en 2004 ou l’embuscade d’Uzbin en Afghanistan en août 2008. Un psychiatre est présent en permanence sur le théâtre afghan depuis février 2009.

Un commentaire

  1. François Cornut-Gentille dit :

    Je vous livre les observations que m’a faites oralement un officier du service de santé à la suite de la publication de cet article :

    « le service de santé est très vigilant sur les problèmes psychologiques potentiellement rencontrés par nos armées, je pense qu’ils sont systématiquement recensés par nos épidémiologistes des DESP (département d’épidémiologie et de santé publique). Je me souviens que lors de l’attentat de l’USS Cole, les soins psychologiques apportés à Djibouti par nos psychiatres avaient été couronnés de succès, les militaires américains qui n’avaient pas pu bénéficier de ce débriefing précoce car envoyés directement aux USA, avaient été plus touchés par des séquelles psy.

    Le principal problème est en effet le syndrome de stress post traumatique (PTSD in English), qui fait suite à une situation de mise en danger mortel. Ce sujet fait l’objet de programmes de recherche à l’IRBA (notre nouvel institut de recherche biomédicale des armées), et un workshop international lui sera d’ailleurs consacré les 2 et 3 mars à Brétigny et à l’école du Val-de-Grâce.« 

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