L’armée de terre au régime sec ?

Au détour d’une réponse du ministre de la défense à une question écrite de François Cornut-Gentille sur la consommation de carburants par les armées, une statistique attire le regard. Entre 2008 et 2014, le volume de carburants terrestres consommés a diminué plus que de moitié passant de 51 799 m3 à 24 854 m3, soit -52 % ! Une baisse significative que d’aucun serait prompt à corréler avec la baisse des effectifs (et donc des besoins) sur la même période. Or ceux-ci sont passés sur la même période de 123 833 à 107 964 (ETP du programme 178), soit -12,89 %.

En conclusion, un militaire de l’armée de terre a « consommé » en 2008 0,418 m3 de carburants terrestres. En 2014, il s’est contenté de 0,23 m3. Un régime sec malgré la multiplication des OPEX nécessitant l’usage de véhicules terrestres (Sahel)  à la différence notable de l’Afghanistan. Comment interpréter ce chiffre ? Un nouveau point d’interrogation susceptible d’être jugé « impertinent » par quelques états-majors… D’où l’illustration ouvertement impertinente de cet article.

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Porte-avions dans le Golfe : après le coût, l’apport capacitaire en discussion

Il y a deux semaines la révélation sur ce site du coût hebdomadaire du déploiement du porte-avions Charles-de-Gaulle dans le golfe Persique (4,5 millions d’euros) avait suscité des réactions très diverses dans les milieux dits spécialisés. Certains évoquaient notamment l’ire de certains marins à la suite des interrogations posées sur l’apport opérationnel de ce déploiement.

Une nouvelle question écrite de François Cornut-Gentille risque d’entretenir le débat. Question simple portant sur « la plus-value capacitaire apportée par le groupe aéronaval (GAN) dans les opérations contre l’État islamique ».

La réponse du ministre de la défense publiée cette semaine au journal officiel est perturbante sur plusieurs points :

1° : « D’un point de vue strictement opérationnel, la présence du GAN dans le golfe arabo-persique a eu pour effet de hisser la France au deuxième rang des contributeurs de la coalition dans le domaine de l’aviation de chasse, sans qu’il soit nécessaire d’aménager des infrastructures au sol ». Certes, mais un porte-avions, ce n’est pas gratuit et les infrastructures au sol ne sont pas là pour 8 semaines.

2° : « Le positionnement du porte-avions Charles de Gaulle à proximité du théâtre d’opérations a de plus permis de réduire la fréquence des mouvements de Rafale entre l’Irak et la base aérienne d’Al Dhafra (Émirats arabes unis) et, en conséquence, d’alléger les contraintes pesant sur le dispositif de ravitaillement des aéronefs de la coalition. » Observation totalement recevable compte-tenu des difficultés françaises à acquérir de nouveaux avions ravitailleurs en vol. Mais, le ministre passe sciemment sous silence la présence d’avions français sur une base jordanienne à partir de laquelle ils peuvent frapper directement le sol irakien… Et pourquoi dans ces conditions avoir retiré le porte-avions des opérations ? Lire la suite »

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Supercalculateur : investir pour ne pas décrocher

Le journal officiel du jour publie un décret de transfert de crédits au profit du CEA de 1,25 millions d’euros afin de financer des contrats de recherche en lien avec la société BULL pour « développer la prochaine génération de supercalculateurs ». Le rapport qui accompagne ce décret précise que « la passation de ces contrats de recherche a été décidée par le Premier ministre le 10 juillet 2013. Ils se justifient en raison du caractère stratégique que représente la maîtrise de ces technologies pour la défense nationale et dans d’autres domaines comme par exemple, la recherche publique ou la simulation industrielle. »

Ces investissements sont indispensables tant la course mondiale aux supercalculateurs est sans fin. En octobre 2010, était inauguré sous les projecteurs médiatiques le supercalculateur français destiné à la simulation nucléaire, le Tera 100 et ses capacités de calcul de 1,085 TFlop/s. Ses performances le classait alors au 6e rang mondial.

Moins de 5 ans plus tard, le Tera 100 fait figure de petit joueur.  par ses performances, il affiche présente une performance nettement moindre avec 1,085 TFlop/s. Inauguré en octobre 2010, ce supercalculateur se classait alors à la 6ème place mondiale. Moins de 5 ans plus tard, il se situe à la 64ème place. Le premier supercalculateur français, de la société TOTAL, est 29e avec 2,098 TFlop/s. Broutilles face aux 33,862 TFlop/s du leader mondial chinois.

Le classement mondial, TOP 500, est diffusé chaque semestre. Un simple graphique montre la rapidité avec laquelle, faut d’investissement, un supercalculateur peut être dépassé.

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Vol d’explosifs sur un site militaire : c’était écrit !

Ce matin a été constaté un vol massif d’explosifs et de détonateurs sur un site militaire de stockage de munitions à Miramas (Bouches-du-Rhône). Les premières informations transmises par le ministère de la défense révèlent des défaillances majeures de la sécurité.

Il incombe à la Direction de la protection et de la sécurité de la défense (DPSD) de veiller à la bonne sécurisation des sites militaires. Chaque année, les documents budgétaires transmis au Parlement présente un indicateur dit de performance relatif au « taux des sites du domaine militaire et des sites industriels et économiques liés à la défense inspectés dans les délais prescrits ».

Que nous apprend cet indicateur (cf graphique) ? Il a permis de révéler les graves défaillances de la DPSD qui n’inspectait que les deux tiers des sites prescrits en 2008 et 2009. Depuis, un effort significatif, concomitant à une diminution du nombre des sites sous surveillance, a été accompli pour afficher un bilan dépassant les 90 %, 93 % en 2014. Mais, au regard des menaces qui pèsent sur l’ensemble des sites, il est difficilement compréhensible que l’objectif de 100 % ne soit ni visé, et encore moins atteint. Si le Ministère de la défense n’a manifestement pas compris cette évidence, les braqueurs de Miramas l’ont bien intégrée.

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« La suractivité législative renforce les lobbies au détriment de l’action publique d’intérêt général »

Hier après-midi, à l’occasion de l’examen de la loi de règlement, François Cornut-Gentille a soutenu une motion de procédure pour dénoncer la dérive institutionnelle et l’impuissance publique. A propos de l’Assemblée, devenue « l’ombre d’elle-même« , il a ainsi affirmé que « le Parlement se décrédibilise lui-même  dans une suractivité législative qui souligne désormais son impuissance« .

Et de dénoncer l’effet pervers de cette suractivité : « notre suractivité législative renforce les marques ou lobbies au détriment de l’action publique d’intérêt général. Ainsi, plus nous légiférons, plus nous consolidons des intérêts catégoriels. Dans cette situation, la question traditionnelle du rééquilibrage des pouvoirs n’a plus grand sens. Car peu importe, en vérité, que les avancées des corporatismes soient portées par l’exécutif ou par le législatif. La question n’est plus de renforcer le législatif, mais de casser cette mécanique hors de contrôle qui affaiblit globalement tous les pouvoirs, législatif comme exécutif. »

Pour François Cornut-Gentille, si « l’essentiel de l’activité de notre Assemblée est organisé pour et autour de la production législative, alors que c’est elle qui, année après année, nous décrédibilise, (…) la place accordée au contrôle demeure extrêmement marginale (en dépit de quelques efforts ponctuels), alors que c’est lui qui peut permettre à l’Assemblée de retrouver un rôle valorisant ! »